Brèves d'écurie

Storytime : La jaunisse et le Pin’s sont en pension.

Qu’on se le dise, j’ai toujours envié mes copines en pension. Elles, avec leurs boots cirées ou leurs baskets blanches, leur pantalon beige propre, leur petit polo respirant et les cheveux détachés, doux, et brillants (j’exagère à peine). Ces copines qui peuvent aller monter à cheval quand elles ont à peine deux heures devant elles. Ces copines qui ont une sellerie, ou un casier à disposition, dans un endroit sec. Ces copines qui ont le nom de leur cheval sur la porte du box et le joli licol accroché. Elles sortent leur cheval, pansent, sellent, montent, font brouter, pansent, remettent au box, et rentrent chez elle.

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Oui, elles arrivent à l’écurie comme ça, en chantant, entourée d’oiseaux et de papillons.

Depuis que j’ai eu mon premier cheval, je les ai enviées mes copines. Chez moi, dans mon pré de deux hectares, il me fallait un après-midi pour aller monter. Moi, j’avais des baskets pourries ou des bottes Aigle fourrées, un pantalon noir boueux, un pull troué et un bonnet à pompons. Moi, ma sellerie était mon coffre de voiture qui sentait le cuir à dix kilomètres, ou un vieux fourgon qui prenait l’eau. Exit les jolies boots et les cheveux brillants, j’ai toujours fait partie des cavalières qui ont leurs chevaux au pré. Pour aller monter, c’était plutôt : charger la voiture, aller au pré, trouver un endroit sec où me garer, courir après la jaunisse avec mon licol en hurlant « mais vieeeeeeeeeeeens » en me cassant dix fois la figure dans les trous cachés par des touffes d’herbes, pansage (pour ne pas dire décrassage et dé-dreadage), sellage, partir en balade, rentrer, panser, lâcher au pré, ranger, repartir. Utiliser une carrière ? Alors il faudra rajouter à ça le démarchage des écuries pas très loin, accrocher le van, convaincre la jaunisse d’y rentrer… Départ de chez moi : 13h30. Retour à la maison : 18h. Et franchement, j’ai fais partie des cavaliers totalement démotivés.

Le meilleur moment, c’est l’hiver : remplir les bidons, casser la glace, faire les yeux doux au tracteur âgé de cinquante ans (acheté pour l’occasion) pour qu’il démarre afin de prendre une botte de foin, l’amener au pré, caillaisser les alentours du coin bouffe avant de voir l’argile les avaler, déplacer ledit endroit à cause des piétinements, vérifier les bobos par -5 degrés, laisser une botte dans le pré et rentrer à cloche-pied, j’en passe des meilleures. Alors quand mes copines parfaites aux cheveux brillants me disaient que j’avais de la chance d’avoir mes chevaux dans mon pré à dix minutes de chez moi, j’avais juste envie de leur enfoncer mon bonnet miteux dans la trachée et rouler dessus avec mon tracteur.

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Imaginez la même chose, version tracteur.

⁃ Le cheminement –

Comme vous avez pu le lire dans ma présentation, je suis propriétaire de deux chevaux : la jaunisse et le pin’s. Le pin’s, aussi mignon soit-il, est handicapé. Ça lui donne un charme énorme, mais je me dois quand même de penser à sa santé. Et le pin’s, en hiver dehors, il a du mal. Le sol trop mou le force à s’enfoncer, et se déplacer avec sa boiterie est difficile. Bien évidemment, même en variant les zones repas, il ne pouvait plus y accéder en quelques jours, à tel point que la jaunisse prenait le relai en lui amenant des bouchées de foin fraiches d’un bout à l’autre du pré, au sec. Pour le reste, il est rustique, mais je dois avouer que je ne pouvais pas espérer mieux pour les mettre en pension : sa santé avant tout.

J’ai donc commencé à chercher. J’avais des critères qui me semblaient simples, mais qui ne l’étaient pas : une pension grand box/stalle pour que mes deux poneys restent ensemble, avec sorties tous les jours (car oui, mon pin’s doit quand même bouger, sinon il risque d’engorger et le faire dégonfler sera difficile puisqu’il boite naturellement). Pour la bouffe, je peux fournir le foin. Le box ? Je peux le curer moi même. Idéalement avec des installations à disposition. Le minimum : sellerie, carrière, zone de pansage à l’abri. Sauf que… Les pensions avec des stalles, ça coure pas autant les rues que j’imaginais, surtout à moins de 20 minutes de chez moi. Ah oui, le budget ! Pour continuer ma vie confortablement sans taper dans notre train de vie (mon conjoint n’ayant pas à le subir), j’avais un budget de 250€ voir 300€. Pour les deux. Oui bon, avec le pin’s ça fait 1,5 cheval donc… AHAHAHAHAHA. Vraiment, ça me paraissait si simple.

Je peux vous assurer que j’ai visité pas mal de sites, de pages, d’avis et autres. J’ai passé des coups de fil aussi, des textos, des mails. Et même si j’arrivais à trouver une stalle, le prix clochait. Et si le prix allait, c’était un box sans les sorties. Et si les sorties étaient bien quotidiennes, la pension était à plus d’une heure de route. Bref un long combat que j’ai commencé au mois d’Avril de cette année ! En Aout, j’ouïe parler de l’ouverture d’une écurie à 15km, dans le département limitrophe, un village frontalier. Je vais visiter, appâtée par la perspective de la « pension sur-mesure », et j’ai le coup de coeur ! Une grande stalle pour mes deux poneys, des sorties quotidiennes qui tiennent à coeur aux propriétaires, qui eux, sont sympathiques et attentifs, un « prix » parce que je fourni le foin, une carrière, un petit manège, une zone de pansage à l’abri (même deux, mais la mienne c’est la douche, à l’abri du vent et tout prêt de la stalle). Bonus ? Des murs abaissés ou des « faux murs » reliant les stalles, et le petit manège en face. L’intérêt ? Mon pin’s, shetland de son état, voit en dehors de la stalle, et peut se moquer des chevaux qui travaillent. Gros point positif pour les chemins de balade et les disciplines des gérants, soient dressage et spectacle. En bref, une petite écurie familiale mais pro, avec des gens sympas, qui correspond à mes critères, et dans mes prix. À quinze minutes de chez moi. Et oui. En Septembre, ils emménagent, dès l’annonce du tarif j’étais prête à signer : c’est maintenant ou jamais !

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Une photo inédite de mes chevaux avant leur emménagement.

⁃ Le questionnement –

Mais en bonne maman poule que je suis, et ayant vécu sept années de vie de pré avec mes chevaux, je dois bien avouer que je flippais de ce changement.

Déjà, je flippais de trop faire confiance. Comment m’assurer que les propriétaires prendraient soin de mes amours ? Comment être sure qu’ils les sortiraient bien tous les jours ? Est-ce qu’ils seront sympas avec moi ? Est-ce qu’ils prendront soin de mon pin’s ?

Ensuite, je flippais pour eux. Est-ce que ça va leur faire bizarre ? Comment vont-ils s’acclimater à ce nouveau mode de vie, mes poon’s ayant passés onze et vingt-deux ans au pré ? Est-ce qu’ils seront victimes de problèmes de digestion, coliques, boiteries, problèmes de pieds ? Est-ce que mon pin’s aura bien accès à l’eau et à la nourriture ? Est-ce qu’ils se battront à l’heure de la bouffe ? Est-ce que je vais pouvoir les séparer ? Est-ce qu’ils vont déprimer ?

Et surtout, je flippais de moi ! Est-ce que, bon sang, avoir mes chevaux à disposition plus facilement qu’avant me motivera ENFIN à m’en occuper ? C’était là toute la grande question, car l’équitation en elle-même, ça faisait un moment que j’avais laissé tomber. Depuis l’achat de ma selle fin 2014, je l’ai posée sur Soleil… neuf fois. Dont une fois à l’écurie. Avant d’emménager, j’avais donc monté huit fois en trois ans, par pur manque de motivation (oh que ça fait mal de l’écrire) ! En balade seule, je flippais. En carrière ça allait, mais la manutention me déprimait (gérer le van et ses marches arrières, trouver quelqu’un pour m’accompagner, ne pas rentrer trop tard sous peine de rentrer au pré à la bougie…). Au bout d’un moment, même à dix minutes de chez moi, entre l’école et le travail, le simple fait d’aller les voir me gonflait. Et l’hiver, ils me saoulaient, littéralement. Alors est-ce qu’enfin j’allais voir réapparaitre la flamme et la passion du cheval dans mon petit coeur d’équi-piétonne démotivée ?

⁃ L’emménagement, les débuts et les angoisses –

Comme je l’ai dit plus haut, nous avons donc emménagé au début du mois de septembre. Deux allers-retours avec le van + un aller avec une remorque contenant deux balles de foin + s’installer dans la sellerie + faire le tour aux poneys + faire mes mille-et-unes recommandations aux propriétaires + faire connaissance des autres pensionnaires + organiser la pharmacie avec des petites fiches (elle fera l’objet d’un autre article)… Une journée pleine d’émotion, mais j’ai quitté l’écurie le coeur léger en sachant les poneys bien installés, et n’ayant pas l’air plus inquiets que ça.

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C’est parti mon kiki.

Et puis, je me suis surprise. Je me suis surprise à organiser un planning de reprise de travail pour la jaunisse. À organiser une phase de régime pour les deux. À chercher une application de journal pour tout noter. À retrouver, et même racheter des affaires, comme du démêlant, un pinceau, une brosse. À penser à mes chevaux, m’imaginer sur le dos de la jaunisse, mettre en vente ma selle pour en trouver une plus polyvalente, promettre une balade à une autre pensionnaire, être heureuse de voir mes jours de repos parce qu’ils annoncent du beau temps. Je me suis surprise à aller les voir, pour rien, par plaisir. M’avancer en disant « mes lardons ! » dans le couloir, voir une tête jaune et un bout du nez blanc s’avancer, me délecter du crissement du sac en papier du pain sec, leur demander comment ils vont et si ils ont passé une bonne journée. Sortir le jaune, juste pour le panser. Sortir le pin’s, juste pour l’emmener brouter. Les sortir au paddock, un dans chaque main, et rester à les regarder se défouler. Les photographier, m’extasier. Je me suis surprise à faire enfin attention à eux : tiens, le pin’s a une petite plaie sur la tête. Tiens, la jaunisse a les fourchettes qui puent (on y viendra). Tiens, l’ostéopathe doit passer, je vais inscrire le jaune. Tiens, ils auraient bien besoin d’un parage. Oh, et puis, le pin’s a une saleté accrochée aux poils des oreilles, je vais lui couper. D’ailleurs, depuis quand j’ai pas nettoyé le fourreau de Soleil? Et c’est quand la dernière fois qu’il a vu le dentiste ? Ah, hier le Pyj’ n’avait pas le moral, j’espère qu’il va mieux aujourd’hui, si je lui amenait une bonne pomme ?

Aujourd’hui encore, en décembre, je me surprends, le dimanche, à enfiler mon pantalon (tout neuf !) et mes bottes fourrées pour aller vérifier les fourchettes de Soleil et la plaie de Pyjama. Je me surprend à chercher des idées d’exercices, du matériel, une selle, des articles de blog, et même à en écrire un. Je me surprend à regarder des youtubeurs équins, trouver des livres, rêver de l’odeur de la paille fraiche, mettre mon pin’s en fond d’écran, mesurer le périmètre thoracique de la jaunisse pour calculer son poids et comparer les photos à la recherche de la graisse envolée, à demander aux propriétaires si Pyjama se défoule et si ils l’ont vu se cabrer et lancer un seul antérieur (la réponse est non, mais maintenant il arrive à sprinter au galop sans tomber !).

⁃ Conclusion –

Dans mon cas, le passage en pension aura été bénéfique, sauf peut-être pour mon budget. En effet, j’arrondirais en disant que je dépense 200€ de plus par mois pour cela, mais aussi pleins de bonus comme une pierre à sel par ci, une brosse par là, un pantalon, et actuellement à la recherche d’un blouson. Je dépense plus, mais cela reste dans mon budget plaisir. Moins de fringues à la mode (non, plus d’occasion en vrai), moins de maquillage (je suis à deux doigts de craquer), et parfois moins de plaisir pour payer ostéopathe et vétérinaire pour ce mois-ci.

Pour le reste : Oui, je vois que le pin’s passe bien l’hiver. Il mange à sa faim, se défoule bien, et sa perte de poids le change même complètement puisqu’il fait de belles cabrioles malgré sa boiterie. Non, la jaunisse ne perd pas le moral, j’ai même envie de dire que c’est le contraire : il tend la tête à mon arrivée, voit du monde, mange aussi à sa faim, s’allège, s’intéresse à ce qui l’entoure. Oui, je suis motivée. Oui, les gérants s’occupent parfaitement d’eux et je n’ai aucune difficulté à m’en rendre compte. J’en viens à découvrir mes chevaux sous un autre jour ; je ne savais pas que Soleil était aussi impatient quand je suis à coté sans m’en occuper, comme je ne savais pas que Pyjama aimait autant qu’on lui gratte entre les oreilles. Oui, l’hiver est tranquille cette année : plus d’inquiétude pour mon petit, pour le vent, le gel, l’eau, le foin, la nuit qui tombe tôt et le mercure qui descend. Et finalement, ils resteront en pension là bas, et pas seulement cet hiver. Et j’espère un jour arriver en boots propres et cheveux brillants, même si finalement, je crois que ce n’est pas mon style.

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En attendant, je cours dénudée avec mon shetland bien foutu.

 

Prenez soin de vous,

Polynn

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